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Découvrir la Voie du Guerrier (partie 1), Chögyam Trungpa

Dans cette série de posts, nous présentons des extraits du livre clé du Grand Maître bouddhiste Chögyam Trungpa Rinpoché : Shambhala, la Voie Sacrée du Guerrier (Ed. Point Sagesse).



Créer une société éveillée

La situation mondiale actuelle est une source d’inquiétude pour tous : menace de guerre nucléaire, pauvreté et instabilité économique généralisées, chaos politique et social, bouleversements psychologiques de toutes sortes[1]. Le monde est dans un état d’agitation totale. Les enseignements se fondent sur la prémisse qu’il existe réellement une sagesse humaine fondamentale qui peut nous aider à résoudre les problèmes du monde. Cette sagesse n’est pas l’apanage d’une culture ou d’une religion, pas plus qu’elle n’est l’exclusivité de l’Occident ou de l’Orient. Il s’agit plutôt d’une tradition humaine de l’art du guerrier, qui a existé dans de nombreuses cultures et à bien des périodes de l’histoire.

[1] A laquelle on pourrait rajouter aujourd'hui, le climat, les mouvants migratoires, le terrorisme

L’art du guerrier

Par art du guerrier, nous n’entendons pas le fait de faire la guerre à autrui. L’agression est la source de nos problèmes, non pas leur solution. L’art du guerrier dans ce contexte est la tradition de la vaillance humaine, la tradition du courage. Les Indiens d’Amérique du Nord possédaient une telle tradition, et elle a aussi existé dans les sociétés indigènes d’Amérique du Sud. L’idéal japonais du samouraï représentait également une tradition guerrière de sagesse, et les sociétés chrétiennes d’Occident ont elles aussi connu des principes de l’art du guerrier éclairé. Le roi Arthur est un exemple légendaire de guerrier dans la tradition occidentale, et les grands souverains de la Bible, comme le roi David, sont aussi des exemples de guerriers de la tradition judéo-chrétienne. Notre planète Terre a connu beaucoup de beaux exemples de l’art du guerrier.

Ne pas avoir peur de qui l’on est

Le secret de l’art du guerrier est de ne pas avoir peur de qui l’on est. Voilà en dernière analyse la définition de la vaillance : ne pas avoir peur de soi. Devant les graves problèmes du monde nous pouvons être héroïques et bienveillants à la fois. Cette vision est le contraire de l’égoïsme. Quand nous avons peur de nous-mêmes et que le monde nous paraît menaçant, nous devenons extrêmement égoïstes. Nous tâchons alors de bâtir notre petit nid bien à nous, notre propre cocon, afin d’y vivre seul et en sécurité.

La vaillance au-delà de soi

A vrai dire, nous pouvons être beaucoup plus vaillants que cela. Nous devons projeter notre pensée plus loin, au-delà de notre maison, au-delà du feu qui brûle dans la cheminée, au-delà du souci d’envoyer nos enfants à l’école ou de nous rendre au travail le matin. Nous devons essayer de voir comment nous pouvons aider le monde ; si nous n’apportons pas notre aide, personne ne le fera. C’est à notre tour d’aider le monde. Toutefois, venir en aide aux autres ne signifie pas qu’il faille renoncer à sa vie personnelle. Pour aider les gens, nul besoin de se précipiter pour devenir le maire de la ville ou le président des États-Unis ; il suffit de commencer par sa famille, ses amis, son entourage. En fait, on peut commencer par soi-même. L’important est de se rendre compte qu’on est constamment de service, qu’on ne peut jamais simplement se détendre, car le monde tout entier a besoin d’aide.

Aider le monde

Bien que nous soyons chacun responsable d’aider le monde, il se peut qu’en essayant d’imposer nos idées ou notre aide aux autres, nous finissions par ajouter au chaos. Bien des gens ont des théories sur les besoins du monde. Certains affirment que le monde a besoin de communisme, d’autres qu’il a besoin de démocratie ; pour certains, la technologie sauvera le monde, pour d’autres, elle le détruira. La vision part de l’hypothèse qu’il nous faut d’abord découvrir en nous-mêmes ce que nous pouvons offrir au monde avant d’établir une société illuminée. Donc, pour commencer, nous devons nous efforcer d’examiner notre propre expérience afin de voir ce qu’elle contient d’utile pour ennoblir notre existence et pour aider les autres à en faire autant.

Expérimenter le fondement de bonté dans notre vie

Si nous sommes disposés à y jeter un coup d’œil impartial, nous verrons que, malgré tous nos problèmes et toute notre confusion, malgré tous les hauts et les bas émotionnels et psychologiques, il y a quelque chose d’intrinsèquement bon dans notre existence d’êtres humains. A moins d’expérimenter ce fondement de bonté dans notre propre vie, nous ne pouvons prétendre améliorer la vie des autres. Si nous ne sommes que des êtres misérables et malheureux, comment pourrions-nous même imaginer une société éveillée, et encore plus la réaliser ?

La bonté dans la simplicité

Pour découvrir la bonté véritable, il faut savoir apprécier des expériences très simples. Nous ne parlons pas ici du sentiment de bien-être que l’on éprouve lorsqu’on gagne un million de dollars, qu’on termine ses études universitaires ou qu’on s’achète une nouvelle maison ; nous parlons de ce qu’il y a de foncièrement bon dans le fait d’être en vie, et cela ne dépend ni de nos réalisations, ni de l’accomplissement de nos souhaits. C’est une bonté qu’il nous est donné d’entrevoir à chaque instant, mais souvent nous ne la reconnaissons pas. Quand nous percevons une couleur brillante, nous sommes témoins de notre propre bonté inhérente. Quand nous entendons un son agréable, c’est notre propre bonté intrinsèque que nous entendons. Lorsque nous sortons de la douche, nous nous sentons propres et revigorés, et lorsque nous quittons une pièce mal aérée, nous apprécions la bouffée soudaine d’air frais. Peut-être ces événements ne durent-ils qu’une fraction de seconde : ils n’en sont pas moins des expériences authentiques de bonté. Ce sont des choses qui nous arrivent constamment, mais la plupart du temps nous n’en tenons pas compte, les considérant comme des expériences banales ou comme de pures coïncidences. Il vaut la peine de reconnaître ces instants et d’en profiter, car ils révèlent la non-agression et la fraîcheur – la bonté fondamentale – qui sont la base de notre vie.

Le monde est bon

L’idée que le monde est bon est loin d’être arbitraire ; il est bon parce que nous pouvons faire l’expérience de sa bonté. Si nous pouvons faire l’expérience d’un monde sain et direct, franc et réel, c’est parce que notre nature inhérente épouse tout naturellement ce qu’il y a de bon dans les situations. Notre potentiel humain d’intelligence et de dignité s’accorde à l’expérience de l’éclat intense d’un ciel bleu, à la fraîcheur des champs verdoyants et à la beauté des arbres et des montagnes. Nous avons un lien concret avec la réalité qui a le pouvoir de nous éveiller et de nous donner le sentiment que nous sommes intrinsèquement, fondamentalement bons. Nous devons apprendre à nous accorder à notre capacité de nous éveiller et à nous rendre compte que la bonté peut surgir dans notre vie. En fait, elle y surgit déjà.




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